Miss Lucy:En 2007, je découvre ta musique, pure et acoustique, grâce à internet. Ton premier hit « Pilot of the Airwaves » nous renvoie à l’ère disco, il m’évoque Abba, et j’aime ça aussi. Quel style de musique est plus proche de ta personnalité ?

Charlie Dore: Ma première grande passion fut pour les Beatles. La musicalité, les harmonies, l’originalité de leurs idées, il n’y avait rien de comparable à l’époque. J’étais très jeune et c’était la première fois que je sentais qu’il existait vraiment une musique faite pour moi. Et puis, ils étaient très mignons ! En dehors des Beatles, j’étais très branchée Paul Simon, Dylan, Tim Hardin , Stevie Wonder, Aretha Franklin- J’aime toujours beaucoup ces artistes. Quand j’ai commencé à jouer et écrire, j’étais très influencée par les Mc Garrigle Sisters - encore de très belles harmonies – et Jimmy Rogers parce que j’adorais ses mélodies, très douces et un peu désuètes. Je suis également très fan de Randy Newman, un brillantissime parolier, à la fois triste et drôle, capable de produire des airs et des arrangements à vous fendre le cœur. En fait, Abba, ça n’a jamais été mon truc ! Je pense qu’ils ont fait de fantastiques arrangements et de la bonne pop, mais toute cette ère disco m’est vraiment passé au dessus de la tête. J’ai toujours été en décalage avec mon époque. Imagine quelle folie ça a pu être de lancer un groupe de country bluegrass au beau milieu de la vague punk. C’est ce que j’ai fait. Je ne me suis pas facilité la vie !
ML: As-tu définitivement fait ton choix entre la comédie et le chant ?
CD:Non, et j’espère bien ne jamais avoir à le faire ! En attendant que quelqu’un me demande de combiner les deux, j’aimerais continuer à faire des disques, à écrire et à faire des tournées…et continuer à jouer dans des petites comédies, faire des sketchs quand j’en ai le temps. Je continue à écrire et à jouer avec l’Hurricane Club (cette troupe d’improvisation a été fondé en 1990). Jouer la comédie est un antidote idéal, plutôt que de rester assise à essayer d’écrire une chanson. Mais j’essaie de séparer ces deux domaines, car je ne me sens pas l’âme d’une artiste de cabaret, pas encore !
ML: Tu as connu le succès avec ton premier album, puis tu as vécu des années difficiles. Que ressentais-tu à cette époque ?
CD:Je me sentais très frustrée et impuissante. Je me demandais ce que l’industrie du disque attendait de moi, je n’avais pas suffisamment confiance en moi pour taper du point et refuser des conseils ou des producteurs qui ne me convenaient pas. J’ai eu un gros succès avec « Pilot of the Airwaves », puis le néant d’un coup alors que nous enregistrions le second album avec le producteur de leur choix, raison d’un échec prévisible. Plus tard, nous avons refait tout le travail…et…ça n’a pas marché. (Il s’agissait de l’album « Listen », produit chez Chrysalis.) En fait, je suis très fan de Stewart Levine qui a finalement produit la seconde version, mais avec un peu de recul, il faut reconnaître que cet album n’était pas très bon. Il y a 2 ou 3 bonnes chansons, mais je trouve que je pataugeais dans un style bien trop sage. En studio, nous étions accompagnés des musiciens de Toto qui sont excellents, mais tout était bien trop lisse, presque désespérant !
Quoiqu’il en soit, pendant toutes ces années, je ne suis pas restée assise à me tourner les pouces. Je suis revenue à ma carrière d’actrice, j’ai fait un peu de télé, et du théâtre, et aussi, « The Ploughman’s Lunch », un long-métrage réalisé par Richard Eyre, coproduit par Jonathon Pryce qui a gagné un award du « Evening Standard Film of the Year ».
C’est également à cette époque que j’ai eu mon premier hit pour un autre artiste, « Strut » chanté par Sheena Easton qui arriva N°4 du Hit US, ce qui m’a ouvert quelques portes en tant qu’auteur. Il y a eu des moments de vide effrayant entre deux reprises de mes chansons, mais quand j’arrivais à écrire, je réalisais de grosses ventes- Céline Dion, Worlds Apart, Tina Turner, Hayley Westenra, No Angels…Jimmy Nail est arrivé N°1 en Grande Bretagne avec « Ain’t no Doubt ».
ML:Est-ce que tu continues à écrire pour les autres ?
CD:Oui, ça paye les factures et ça finance mon Label, Black Ink. En ce moment, j’écris pour quelques jeunes artistes tels que James Murray et Kate Elsworth. De plus, je continue à travailler avec des partenaires de longue date, plus particulièrement avec Julian Littman et Terry Britten.
ML:Lorsque j’écoute tes toutes dernières chansons, j’ai la sensation que tu t’es enfin trouvée : cette musique te représente vraiment, sans aucun artifice, je me trompe ?
CD: Non, en effet, tu as raison. Je pense que j’ai fini par retrouver ma véritable voix. Je tenais à écrire des chansons qui se rapportent à moi, je ne voulais plus me soucier de savoir si c’était vendeur ou non. Il m’aura fallu du temps pour comprendre ça, mais j’ai finalement réussi avec « Sleep all Day » et Cuckoo Hill ». Sur l’album « Things Change » (1996), je suis fière des chansons, mais par moment, dans la façon dont il est produit, on entend encore le côté formaté. On sent que j’ai essayé de faire une musique qui passe en radio. Beaucoup d’artistes se plaignent de ne pas avoir la liberté de faire l’album dont ils ont envie, parce que leur label tient les cordons de la bourse et décide de tout. Moi, je n’ai pas d’excuse !
ML:Peux-tu nous parler du titre de ton dernier album « Cuckoo Hill » ? C’est le nom d’un endroit où tu as grandi, n’est-ce pas ?
Oui, Cuckoo Hill se situe à Pinner dans le Middlesex, au nord ouest de Londres. Mon père y a passé toute sa vie jusqu’en 2005 et cette maison avait une grande importance pour lui. Il s’est battu pour rester là-bas quand il était jeune, il s’est démené pour y gagner sa vie. Nous vivions dans une toute petite chaumière, ce qui est assez inhabituel dans cette partie du pays. Ma mère est morte quand j’avais 15 ans. Elle aussi adorait cet endroit. C’est le seul foyer que j’aie jamais connu, nous n’avons jamais déménagé, donc ce lieu fait définitivement partie de moi. C’était un endroit génial où grandir, des champs et des jardins pour jouer…Il y avait bien souvent des hordes de gamins qui envahissaient notre jardin, on se lançait des pommes à la figure, on s’inventait nos propres Jeux Olympiques, ce genre de trucs…C’est aussi l’endroit où j’ai vu mon frère pour la dernière fois avant qu’il ne meurt, donc, il y a un mélange de sentiments tristes et joyeux. Elle a été vendue depuis, elle a tellement changé. Parfois, je passe devant en voiture, et j’ai envie de m’y ruer pour mettre dehors ses nouveaux occupants !
ML:Sur ton site officiel, on entend des oiseaux chanter. Serait-ce un signe de sérénité ?
CD:Eh bien, je l’espère après ces dernières années difficiles. J’aime le chant des oiseaux, il en émane un sentiment de paix unique, c’est quasiment irréel. Je peux m’endormir rien qu’à les entendre chanter.
A cause du titre de l’album, nous avons pensé (Tom Climpson de Final Rinse qui a réalisé mon site et la pochette de l’album) qu’il serait bien de mettre le chant d’un coucou (Cuckoo). En fait, ce qu’on entend sur le site n’est pas le chant d’un coucou anglais, mais c’est l’enregistrement que nous préférions comme nous avions plein d’autres chants d’oiseaux. Très souvent, si j’entends un chant d’oiseau un peu particulier, je sors en courant et j’essaie de le mettre sur mini disque. Mais il faut être rapide…Parfois, le temps que tu cherches partout ton microphone et que tu réagisses, l’oiseau est trois champs plus loin et tu te retrouves avec un superbe enregistrement de ton voisin en train de passer la tondeuse.
ML:Qui sont tes chanteurs préférés ? Joni Mitchell ? Qui d’autre ?
CD:J’ai beaucoup d’admiration pour Joni Mitchell qui est une chanteuse extraordinaire, mais je ne la mettrais pas tout en haut de ma liste. Pour leur voix, je mentionnerais Bonnie Raitt, puis Donny Hathaway, Aretha Franklin, Stevie Wonder et Ray Charles. Mais on ne peut exclure un chanteur de ce qu’il produit, c’est pour cela que les gens aiment Randy Newman and Tom Waits qui ne sont pourtant pas techniquement de très bon chanteurs, mais qui sont capables de procurer de grandes émotions.
ML:As-tu des projets de tournée ou d’enregistrement ?
CD: Oui, je suis en train de travailler sur le prochain album, j’envisage également de rassembler une collection de vieilles chansons d’artistes tels que Jimmy Rogers and Milton Brown. C’est un projet parallèle, juste pour me faire plaisir en tant que chanteuse. Je vais commencer à tourner à partir de février, il faut aller à la rencontre de son public…C’est vraiment comme ça que ça marche.
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