Miss Lucy: La première question que je me pose en lisant ton parcours est la suivante : Te sens-tu plus comédien, ou plus chanteur ?
Daniel Jumeau: Quand on ouvre le livret de mon nouvel album il y a quelques mots de présentation que je te livre « dans cette société qui nous réduit souvent à des schémas, des archétypes, il me semblait intéressant de dire que nous sommes pluriels et complexes. Nous aimons le rock et le jazz, la techno et le classique. Nous sommes pluriels dans nos origines, nos goûts, nos vies. Nous sommes tout simplement humain… ». Alors je ne vais pas m’étiqueter chanteur ou comédien. Je me sens les deux et d’autres choses encore….

ML: Quand j’écoute la chanson « Rolande », du haut de mes 32 ans, moi qui n’ai pas trop connu Django, je pense à Sanseverino qui a aujourd’hui popularisé ce Jazz Manouche. « Rolande » date de 1992 et a connu un certain succès en radio à l’époque. Comment expliques-tu que ce style cartonne aujourd’hui, et ne séduisait que des amateurs du genre à l’époque ?
DJ: Il faut te dire que quand je l’ai enregistré en 1992 l’arrangement était très différent, toujours en étant jazzy quand même. En ce moment c’est un retour vers la nostalgie qu’on entend beaucoup dans la chanson (notamment avec la tournée des idoles des années 60, 70, 80). Peut être parce que depuis quelques années les maisons de disques n’ont pas investi dans de vraies carrières… Pour le jazz Manouche, il a trouvé un vrai représentant avec Sansévérino et je m’en réjouis car c’est un des artistes les plus intéressants du moment.
ML: Je trouve qu’il est très difficile de te classer musicalement. A la vie comme à la scène, tu as un côté explorateur et touche à tout ?
DJ: Oui je suis un hyperactif et j’ai besoin de toujours faire quelque chose alors ça va de la cuisine au jardinage en passant par la lecture, le bricolage, et bien sûr l’écriture !
ML: « Trace » est un clin d’œil à Nougaro ? As-tu rencontré ce grand Monsieur ?
DJ:Oui je l’ai croisé à plusieurs reprises car nous avions le même agent artistique (je ne crois pas que ce soit un hasard !). Mais trace serait plutôt un clin d’œil à Léo Ferré à qui mon arrangeur a pensé en écrivant la musique. Moi quand j’ai écrit le texte j’ai plutôt pensé cinéma puisque chaque couplet est une référence à une ville que j’aime mais aussi à un film ou un cinéaste qui m’a touché (Almodovar pour Barcelone, Woody Allen pour Manathan, Ferzan Oztepek pour son film Hammam et Istanbul, et Visconti pour Venise)
ML: En parlant de ces artistes que tu as croisé avant qu’il ne quitte ce monde, raconte-nous ton expérience avec Léo Ferré. Est-ce lui qui t’a choisi pour faire sa première partie ?
DJ:Non c’est rarement comme ça que ça se passe hélas. Dans mon cas c’était la programmation du festival qui m’avait choisi. Bien sûr j’étais terrorisé rien qu’à l’idée de chanter avant le grand Léo ! Mais il a été adorable et nous a laissé toute l’après midi pour répéter ainsi que la plupart des éclairages. C’était dans un stade devant 7000 personnes et quand je suis sorti de scène je n’avais plus un poil de sec ! En plus il y a eu un rappel et les gens se sont mis à chanter (Rolande justement) avec moi, et ça a été un grand moment d’émotion !
ML: Hors mis le grand Léo, quelle est ton plus beau souvenir de rencontre dans le milieu musical ?
DJ: Yvette Horner ! ça vous étonne peut-être mais c’est quelqu'un de génial, une musicienne hors pair et une femme d’une grande générosité. Je l’aime beaucoup et elle m’a toujours soutenu dans mon travail. Elle devait jouer sur le dernier disque (à la place du violoncelle de « voilà »
, hélas elle était souffrante au moment de l’enregistrement et c’est mon seul regret sur cet album.
ML: « Tolérance » surfe sur la vague World Music. Quel style de musique ne te verrais-tu pas du tout aborder ?
DJ: Aucun à vrai dire ! La musique est un trait d’union formidable entre les gens et je ne me verrai pas fermer la porte à un style particulier. Jusqu’à présent je n’étais pas fan de rap mais avec le slam, j’aime beaucoup.
ML: Qu’est-ce qui t’inspire dans l’écriture ? L’amour, la haine ?
DJ: L’amour forcément ça me porte et m’inspire (ça a été le premier élan pour l’écriture de trace par exemple). La haine est quelque chose qui m’est étranger, je parlerais plus de révolte. La révolte est quelque chose qui m’inspire aussi oui.
ML: Tu fais parti de ces artistes qui vivent de leur passion, mais qui ne sont pas massivement médiatisés. Et pourtant, tu as derrière toi une vingtaine d’années de carrière, plusieurs albums et combien de concerts?
DJ: Beaucoup de concerts forcément mais pas autant que je voudrais depuis que je vis en Auvergne. En fait non, je ne vis pas que de musique. Ca a été un choix dès le départ car je ne me vois pas être dépendant des gens de ce métier et je veux garder ma liberté.
ML: Dernière question : Auvergnat de cœur, d’adoption ou de naissance ? C’est l’Auvergnate qui s’interroge !
DJ: Je suis Catalan de naissance, mais j’aime l’Auvergne depuis que je l’ai découverte il y a quelques années. J’ai eu envie d’y poser mes valises car je trouve qu’il y a une douceur de vivre que je n’ai pas trouvé ailleurs…
ML: Merci Daniel, de m’avoir accordé cette interview. Bonne route !
http://www.myspace.com/jumeaudaniel